6/8/2008 - Une déclaration
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Dans une cour décole le monde se divise en deux catégories : ceux qui exigent et ceux qui se plient. Désireux de ne déranger personne, je me suis très tôt autoproclamé non-violent et fais naturellement partie de cette seconde catégorie. Je mappelle Michael, prénom usuellement décliné en primaire en « Mika cest du Caca ». Je ne bronche pas, je plie, japprends déjà à prendre des coups dans mon estime sans en donner. Mes premiers amours se prénomment Isabelle et Patricia mais handicapé par une timidité extrême, jamais je noserais me déclarer.
Larrivée au collège et la préadolescence, entre-mondes violents, vont catalyser ce mal être qui croît en moi. Ce nest plus mon prénom qui est lobjet de railleries mais mon apparence : mon nez trop grand et bossu, mes cheveux frisés impossibles à coiffer, ma crise dacné développée qui séternisait, le tout agrémenté dun appareil dentaire quun orthodontiste bien attentionné m'avait greffé : hideux portrait robot dun ado coincé et complexé.

Ainsi paré et équipé, mes flirts ne sont que des tentatives avortées, condamnées, de simples et pudiques fantasmes sur des jeunes filles aux regards et à la peau pourtant si séduisants.
Corinne a justement des yeux dun bleu arctique magnifique. Ses longs cheveux blonds, son sourire, hantent mes nuits comme certainement celles de bon nombre de mes camarades de 4ème et 5ème. Elle parait intouchable, entourée de sa cours, de ses nombreux amis. Dépourvu de la moindre armure, je nai aucun moyen de lapprocher directement, pas même pour simplement discuter avec elle sans bégayer maladivement.
Je découvre par lentremise dun ami commun, quelle aime sévader en lisant les « livres dont vous êtes le héros ». Cela tombe bien, jai en mon sein, nombre de ces recueils qui me permettent justement déchapper le temps de quelques lancés de dés, déchapper au réel. Je laborde non sans trembler pour lui proposer un ou deux prêts, ce quelle accepte bien évidemment en me souriant. Jen tremble bien plus encore, je sens mes jambes se liquéfier.
De retour dans ma chambre, je choisi louvrage qui va me servir dintermédiaire. Je compose sur une petite feuille de classeur, une lettre damour, une véritable déclaration, lui exposant mes sentiments, mon souhait dêtre à ses côtés. Emprunt dune confiance inhabituelle, je lui demande de nen parler à personne, de garder ce secret. Quelque soit sa réaction, je veux en être le seul témoin. Je glisse alors ce précieux mot doux entre deux pages de louvrage, espérant quelle ne le découvrira pas devant moi et mimaginant déjà lui tenant tendrement la main. Ma nuit est pleine despoir et de craintes.
Le lendemain, le livre lui parvient bien. Le mot nest pas tombé à ses pieds au passage de témoin. Je pense alors avoir échappé au pire. Désillusion.
A la récréation suivante, je lobserve dans la cour, assise sur les marches descalier, entourée de ses copines, le livre posé à ses côtés, ma déclaration exposée entre ses mains. Elle découvre aux autres, ce qui devait rester entre nous, inconsciente du mal quelle peut alors me faire. Mes sentiments ainsi étalés, je suis humilié, blessé. Je narrive pas alors à réagir de façon raisonnée, et lorsquune de ses copines vient me demander si je suis bien lauteur de cette déclaration, je narrive quà le nier, bêtement, malgré mon écriture et ma signature.
Jamais Corinne ne me parlera directement de ce mot, jamais plus elle ne madressera simplement la parole. Mes escapades à vélo dans son quartier le week-end, dans le but de la croiser seul à seul, auront toutes échouées. Destinataire de ma première déclaration damour, trois années durant elle aura endommagé mon cur et nourri mes pleurs.
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