Désireuse de me faire plaisir, malgré les efforts financiers que cela implique, ma mère me propose de me renseigner pour effectuer cet été un voyage de quelques semaines aux Etats-Unis.
Il faut dire que je suis un grand fan de cet autre continent : j'adore les sports U.S. (je joue notamment au baseball en club), je raffole des séries type HAPPY DAYS ou LES ANNEES COUPS DE CUR, et au ciné je ne vois que par les grosses superproduction hollywoodienne. Ce d'autant plus si le film a pour objet un épisode de l'histoire américaine (NE UN 4 JUILLET, GLORY, ). Ces différents médias me permettent de vivre par procuration quelques instants dans un pays où tout semble réalisable : une échappatoire au monde qui m'entoure et qui ne peut pas être le mien.
Je délaisse donc mon Commodore 64, et ses jeux sur lesquels je passe de nombreuses heures, pour écrire à un organisme dénommé AUBERT ERMISSE TOURS dont j'avais remarqué la publicité placardée dans le hall de mon lycée.
Une semaine plus tard, je sors avec ma classe de français pour voir LE CERCLE DES POETES DISPARUS. Cest un électrochoc d'autant plus efficace que ce que je vie dans mon lycée me semble si proche du carcan éducatif décrit dans le film de Peter WEIR.
Jai moi aussi envie de changer de quotidien, de me lever et doser réaliser mes rêves. Ainsi, recevant la brochure du tour opérateur, je découvre quil existe une formule particulière de voyage : une année entière en immersion complète dans une famille et un lycée américain. Cest la description de mon rêve que je tiens entre mes mains, il ne reste plus quà convaincre mes parents.
La chose nest pas si simple car outre laspect financier (25.600 francs pour 10 mois), cest le déchirement causé par une séparation aussi longue entre un fils et sa mère qui constitue un obstacle insurmontable pour cette dernière.
Ma mère rejette tout dabord violement cette idée et mes pleurs ny changeant rien, je refuse de lui adresser la parole les jours suivants. Cela va durer exactement une semaine durant laquelle je me sens incompris par ma propre mère, je nai plus aucune motivation pour poursuivre mes études. Prisonnier de lamour dune mère qui ne comprend pas ma détresse.
Etonnament, cest mon père, dont je suis pourtant moins proche, qui, après avoir consulté le dossier dinscription, donne le premier son accord pour que je réalise ce voyage. Quand à son tour, ma mère accède à ma demande, ma joie est immense. Certes jai encore un dossier à constituer, des tests psychologiques, de motivation et danglais à passer, mais la machine est en marche et je ne compte pas la voir si facilement sarrêter.
Quelques mois plus tard, après une batterie de test passés à Tours, japprends que je fais partie des heureux élus pour cet incroyable voyage.
Après ce flirt dété rapidement écoulé, mon entrée au lycée n'a pas été source de guérison, au contraire : en plus du côté cur, c'est côté cours que j'ai de plus en plus de soucis. Je n'aime pas apprendre par cur, ce qui est source de problèmes lorsque l'on se trouve face à des professeurs dont l'exigence est à la hauteur des prétentions d'un proviseur élitiste dont le seul souhait est de produire des bacs scientifiques. Heureusement pour moi, la logique c'est mon fort : les maths et les sciences m'ont donc permis de tenir jusqu'alors.
Mais cette année, c'est certain : je suis bien parti pour redoubler ma Première S, au grand désespoir de ma mère.
Suite au divorce de mes parents alors que javais 11 ans, cest elle qui nous a élevé moi et ma jeune sur, Sarah. Espagnole de naissance, elle est arrivée en France à lâge de neuf ans et na que très peu fréquenté les bancs de lécole. Mais son éducation faite damour et dattention nous a comblé toute notre enfance. Les matins où je devais lui faire signer un carnet de note sur lequel figuraient régulièrement des notes danglais ou de français catastrophiques, mon cur se serrait non pas de peur mais de tristesse à lidée de voir la déception sur son visage.
Mes rapports avec ma sur oscillaient entre la tension et lindifférence. Jétais très loin dêtre le grand frère idéal, trop mal dans ma peau pour être agréable avec les autres. Quant à mon père, il avait épousé une femme méprisable doté dun orgueil et dune méchanceté à faire pâlir de jalousie les méchantes de chez Disney.
Très peu damis, quatre jours en tout dexpérience amoureuse, une famille désunie, une scolarité défaillante, introverti au possible et boutonneux à souhait : un piètre bilan pour mes 16 ans
Heureusement, jarrive à tenir le coup en mévadant régulièrement ailleurs, loin, très loin, dans les étoiles, ces cinquante étoiles qui constituent le drapeau américain. Mon rêve américain dont la réalisation va bouleverser ma médiocre petite vie.
Allongés au bord de la piscine à regarder du coin de loeil les parents dOlivia qui eux ne se gênent par pour nous fixer lourdement, nous discutons avec une amie étonnée de ne pas nous voir nous embrasser. Nous arrivons par je ne sais quelle pirouette à esquiver la question, sans pouvoir éviter quune once de gêne simmisce entre nous deux.
Oui, nous sortons ensemble mais notre fusion se limite à quelques câlins et sa main dans ma main. Mais le soir même, nous irons plus en avant.
Nous sommes allongés sur le sable au bord de leau. La pleine lune et le doux son des vagues, tout est en place afin que je me souvienne à jamais de ce moment magique où Olivia de ses lèvres forçant tendrement les miennes me fait découvrir le délicieux goût sucré-salé de mon premier baiser. Ce n'était certes pas une toile de Marie Laurencin, mais tout de même un tableau d'un romantisme certain.
Cette belle histoire comme toute les belles histoires, ne dura malheureusement pas. Quelques jours plus tard, je devais retourner à Nancy, fin des vacances. Jai serré longtemps Olivia contre moi dans la moiteur glauque du parking souterrain où nous devions simplement nous dire au revoir, sûr et certain que jallais bientôt la retrouver. Jai beaucoup pleuré dans la voiture ce soir là.
Quelques semaines plus tard, alors que je lui rends une visite surprise à son domicile à Paris, elle me brise le cur, me faisant comprendre que je n'étais qu'un flirt d'été et quelle a un petit ami ici en la capitale. Après tant de joie et despoir, tant de courage dépensé pour venir la retrouver, la pilule est difficile à avaler. Elle devait être l'amour de ma vie, forcément jai mal.
Deux étés plus tard, la déception sera effacée et je retrouvai avec plaisir la douce jeune fille qui ma offert de si jolis moments. Je lui dois beaucoup car, coincé comme je l'étais, c'est elle qui a pris les devant à chaque stade de notre flirt. Mes pleurs dalors nont aujourdhui que peu de poids comparés au bonheur qu0livia a laissé en moi.
Quinze ans et un été sur la côte d’azur. Il m’aura fallu attendre quinze ans avant de découvrir les émois d’un premier flirt.
Depuis le divorce de mes parents, nous passons chaque été trois semaines dans une résidence en bord de mer près de Cannes. Michel, le nouveau compagnon de ma mère, est propriétaire d’un studio où ses deux enfants, ma sœur et moi-même adorons nous retrouver pour goûter aux joies de la piscine, de la plage et surtout de la semi-liberté. Cette résidence étant fermée aux véhicules et assez excentrée, nous pouvons y circuler seuls assez librement sans la présence de nos parents, et ce même assez tard le soir.
Cet été 1989, je me suis fait de nouveaux copains : Jean-Michel, belle gueule, assez excentrique, et Benjamin, d’un tempérament calme plus proche du mien. Un soir, lors d’une soirée dansante organisée à la piscine, entraînés par Jean-Michel, nous faisons plus ample connaissance avec trois jeunes filles. L’une d’entre elles se prénomme Olivia. Ses longs cheveux noirs, sa jolie bouille souriante et son espièglerie me séduisent rapidement. Je le fais savoir à Jean-Michel, le soir même, après que ces jeunes filles soient rentrées chez elles.
Le lendemain, nous les retrouvons autour de la piscine et nous amusons avec elles, comme tout adolescent peut le faire. En fin d’après-midi, Jean-Michel m’entraîne avec Benjamin, au bas de l’immeuble où habite Olivia. Par le biais de l’interphone, il lui déclare que je souhaiterai sortir avec elle. Je suis terrorisé par cette annonce et la réponse qui va suivre. Bien entendu, à cet instant précis, j’en veux beaucoup à Jean-Michel.
Après un bref silence, qui a dû me paraître bien long alors, Olivia répond qu’elle est d’accord pour sortir avec moi, et toujours par l’intermédiaire de Jean-Michel, rendez-vous est pris ce soir devant la piscine. Je suis atterré et sonné par l’enchaînement des évènements. A cet instant, la joie l’emporte sur la colère que j’éprouvai à l’encontre de mon entremetteur.
Le soir même, me voici donc, le cœur battant la chamade, en haut des escaliers de la piscine, à attendre l’être inespéré. Bien entendu, elle est belle et sent divinement bon. Bien sûr, je suis tendu et ne peut m’empêcher, dans un premier temps, de sourire bêtement. J’arrive tout de même à mettre un pied devant l’autre et pudiquement à marcher à ses côtés vers la digue où nous allons nous installer pour regarder le ciel étoilé et discuter. Inexpérimenté, je ne sais comment entretenir la conversation mais parvient à la faire rire et me découvrir, me dévoiler peu à peu à elle. Cela semble lui plaire à défaut de la séduire réellement. Du moins c’est ce que je pense.
Certes, nous sommes à un instant dérangés par Jean-Michel qui de sa cachette nous épiait et nous lançait de mystérieux projectiles. Mais une fois qu’Olivia lui a fait comprendre que nous souhaitions vraiment qu’il nous lâche les baskets pour la soirée, nous avons continué à discuter de nos petits bonheurs respectifs, histoire d’apporter à l’autre une image positive de nous-même.
Il est temps de la raccompagner chez elle. Nos mains se frôlent et s’entrelacent enfin. Que nous racontons nous à ce moment là, je n’en sais plus rien, si ce n’est que je lui fais part de mon complexe à cause de mon appareil dentaire, qu’elle me répond qu’il n’y a rien de grave, et que d’ailleurs elle en porte également un. Le flot de mes paroles sur ce trajet du retour n’a pour seul but que de masquer mon anxiété. Vais-je enfin connaître les joies d’un premier baiser ? Vais-je avoir le courage d’approcher mes lèvres des siennes ?
Finalement, une fois encore, je suis incapable de prendre la moindre initiative. C’est Olivia qui approche ses lèvres pour donner un doux baiser sur les miennes. Un baiser simplissime mais tellement exquis. Je suis aux anges : à défaut de véritable baiser, il est clair qu’à compter de ce soir, j’ai une petite amie attitrée.
Le bus scolaire nous ramène dans nos foyers. Charlotte est une jeune fille qui a débarqué en 6ème en début d’année. Mon copain Pascal et moi-même sommes tous deux tombés sous le charme de la fraicheur de son visage et de la rousseur de ses cheveux bouclés. Cela fait de nombreuses semaines que l’on se taquine mutuellement au cours des récréations. J’ai autant envie que Pascal de devenir le petit copain de Charlotte. Cette après-midi, Pascal a décidé de déclarer sa flamme à Charlotte par mon intermédiaire. Je prends le bus avec elle, ce qui va me simplifier la tâche.
J’ai beau être également attiré par elle, cela ne me pose pas de problème de laisser Pascal tenter le premier sa chance. Je ne crois de toute façon pas en moi, et il est si simple de rester passif dans ces cas là.
Avant d’atteindre l’arrêt où descend Charlotte, je lui fais part de cette confidence. Elle me répond souriante que ce n’est pas de Pascal qu’elle est amoureuse mais d’un autre. Amusé par cet échange de petits secrets, je veux en savoir plus. J’insiste et persiste, je veux savoir. Cela l’amuse également, et c’est en s’engageant dans le couloir du bus qu’elle se retourne vers moi pour me dire que je suis celui dont elle me parle. Au sommet de ma bêtise, plutôt que de lui faire part de la réciprocité de mes sentiments pour elle, une fois encore je laisse mes complexes et ma timidité guider mes faits. Résultat, je clame haut et fort à qui veut l’entendre que jamais je ne voudrai sortir avec elle. Misérable petit terrien que je suis.
Plus tard, seul dans ma chambre, je fondis en larmes, conscient de la prison dans laquelle je restai délibérément enfermé. Aujourd’hui, je regrette encore d’avoir blessé cette si jolie jeune fille de façon lâche et gratuite.
Qui na jamais souhaité quitter un instant son train-train quotidien, vivre une autre vie, se défaire du poids trop lourd de sa propre existence ? Jai 16 ans quand cette chance se présente à moi. Désespéré par ce que jai jusqualors vécu, je ne peux laisser passer cette occasion. Le temps dune année, de mille et une vespérales, loin des miens, je vais toucher mon rêve du bout des doigts. Une année qui plus quun intermède va constituer un véritable recommencement.